Pierre Rabhi

Fête des Amanins pour la Terre et l’Humanisme, 28 juin 2014

Auteur : Michaël

Vu de Lyon, le programme semblait alléchant pour tout bon colibri qui se respecte : « un moment de partage pour célébrer une écologie joyeuse et engagée », qui plus est dans la Drôme, bastion de l’agriculture bio s’il en est...

Mais qu’en est-il vraiment ? N’est-ce point là une publicité mensongère fomentée par un certain Pierre R., que l’on voit partout dans les médias depuis quelque temps ? Ni une ni deux, n’écoutant que mon sens du dévouement, je me suis rendu sur place en compagnie d’un groupe de colibris lyonnais, afin de tester pour vous la véracité de ces propos !

Où kon va ?

Après 358 virages (et j’en oublie certainement) dans la campagne drômoise, nous approchons du lieu-dit Les Amanins, lorsque quelque chose voile le doux soleil matinal. Mes capacités ornithologiques étant fort limitées, je dirais qu’il s’agit d’un... rapace ! À seulement quelques mètres, il survole notre voiture (ah oui, on n’y est pas allé à vélo) de toute son envergure, exposant son ventre marron tacheté de blanc... Bon ok, admettons, pour l’accueil ils marquent un point.

Agrokoi ?

La grande salle de conférence tout en bois est bondée, environ 200 personnes, certains restent debout au fond de la salle. Nous préférons prendre place au sol, juste devant les intervenants... pour mieux les cerner !

 Salle de conférence

Olivier, responsable de la programmation aux Amanins, accueille le public, détendu et souriant.

Fanny, consultante pour Terre & Humanisme, lance la discussion en évoquant les multiples réalités que peut recouvrir l’agroécologie. Celle-ci semble d’ailleurs être sur le devant de la scène depuis la présentation du projet de la loi d’avenir par notre ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, en décembre 2012.

Marc Dufumier (ça ne s’invente pas), agronome et pionnier de l’agroécologie, a coutume de dire que « l’agroécologie est ce que l’agronomie n’aurait jamais dû cesser d’être ». Sous ces abords de monsieur bien soigné, ses anecdotes et ses explications scientifiques simplifiées sur l’alimentation font vibrer nos zygomatiques et détendent l’atmosphère plus vite qu’une Florence Foresti au mieux de sa forme. Encore un (grand) petit vieux qui cache bien son jeu !

Erik, agronome et jardinier chez Terre & Humanisme depuis 7 ans, nous parle de son expérience qui l’a amené à synthétiser la problématique sur un choix fondamental : « être pour ou contre » la nature. Autrement dit, coopérer avec la Terre mère ou entrer en compétition avec elle... Un choix fait depuis très longtemps par de nombreux peuples : Amérindiens, Kogis, Aborigènes...

Benoît, nouveau maraîcher des Amanins depuis un an, aborde les problématiques pratiques et éthiques rencontrées par un lieu de production comme celui-ci. Franchement, je trouve qu’il plombe un peu l’ambiance ! Dites-moi, qui peut bien se soucier du fait qu’un agriculteur travaille 60 heures par semaine, n’ait pas de vacances et gagne 1 000 € par mois (voire moins) ? Qui ? Mais quel rabat-joie celui-là !

Keskon mange ?

C’est pas tout ça, mais l’assiette végétarienne de production bio-locale fait de l’œil à mon estomac (un œil dans un estomac c’est sympa comme image) ! Pendant ce temps, d’autres ne lésinent pas sur les boissons fraîches de la Vieille Mûle !

Ki parle ?

Sous un soleil de plomb, on attaque l’après-midi « Transition ».

Isabelle Peloux, directrice de l’école du Colibri, est heureuse de nous annoncer la bonne nouvelle (sous les cris hystériques de ses groupies, dont moi) : l’école passe sous contrat avec l’Éducation nationale. En clair, ça signifie que le salaire du poste d’enseignant va être pris en charge par l’État.

Entre le soleil, l’air pur et l’herbe fraîche, j’ai dû m’assoupir un peu ensuite... Mais vous avez de la chance, il paraît qu’on peut écouter les enregistrements de Pierre Rabhi, Frédéric Lopez, Corinne Lepage et les co-élus de Saillans.

Amanins 2014 - Rabhi, Lepage, Lopez

Isabelle Peloux, Pierre Rabhi, Corinne Lepage et Frédéric Lopez

Ki danse ?

J’ai refait surface aux premières notes du trio Lo'Jo ! Poésie, conte, voix et mélodies orientales envoûtantes... je devais sûrement poursuivre mes rêves !

Finalement, l’orage est arrivé au bon moment, nous permettant de lancer le bal à l’intérieur dans une ambiance de plus en plus... déjantée, avec Le Bal Oh YeaH !!!

Amanins 2014 - Lojo

Le trio Lo’jo

En repartant dans la nuit étoilée, le sourire aux lèvres, heureux d’avoir partagé ça avec 800 personnes, vous savez ce que je me suis dit ? Mission accomplie pour moi : l’année prochaine, vous pouvez y aller les yeux fermés.

Reportage : conférence de Pierre Rabhi à Lyon le 7 juin 2014

Auteure : Annick

Véritable succès pour la conférence de Pierre Rabhi organisée le 7 juin dernier par la librairie lyonnaise Raconte-moi la terre : les 500 places disponibles ont été prises d’assaut et la conférence a été retransmise dans une seconde salle ! Les Colibris de Lyon ont assisté à cet événement — il n’y a pas meilleure occasion que d’inaugurer ce nouveau blog en partageant cette expérience avec nos lecteurs.

Arrivé d’un pas tranquille et discret dans la cour de l’université catholique de Lyon, qui accueille la conférence, Pierre Rabhi suscite des applaudissements nourris à son entrée dans l’amphithéâtre, auxquels ses remerciements répondent avec simplicité. Par cette journée ensoleillée, un public diversifié est venu à la rencontre directe de l’agriculteur et auteur, ainsi que des personnes qu’il rassemble autour de valeurs communes.

Pierre Rabhi le 7 juin à Lyon      Img 7394recadre
Pierre Rabhi le 7 juin à Lyon. A
droite : avec Thomas Pizer, fondateur de l'association Aquaverde, suite à la conférence.

Après une présentation du groupe Colibris Lyon 69 Reliance par Alice, le gérant de la librairie Raconte-moi la terre souligne le goût de Pierre Rabhi pour les contes du monde entier, au premier rang desquels la fameuse allégorie amérindienne du colibri. Chez l’auteur, en effet, des tranches de vie elles-mêmes prennent la tournure de contes et métaphores, qui font sourire, réfléchir, et marquent les esprits.

Une introduction parfaite pour que l’auteur nous expose son point de vue sur l’avenir de l’humanité et son rapport à la nature :

Humaniser l’humain, réapprendre à s’émerveiller

Selon Pierre Rabhi, l’humanité a la responsabilité de son humanisation. Nous assistons à une falsification généralisée des valeurs. Or, le fondement d’un réel changement de société est moral et éthique. Il implique que chacun travaille à sa propre responsabilisation et prenne pleinement conscience de son appartenance à la nature, d’une inestimable beauté.

Nous avons perdu le sens de l’enchantement, tel cet homme qui ne voyait avec fierté qu’un énorme tas de bois, fruit d’un laborieux travail de découpe, perdant de vue la splendeur du paysage alentour. Réapprenons à nous émerveiller et à percevoir que la vie est sacrée : « le temps est venu de poétiser la vie ».

Modération dans un monde aux ressources limitées

Pierre Rabhi évoque l’accaparement des ressources naturelles par une minorité. En quantité limitée, certaines conditionnent pourtant la vie de tous.

L’industrie pétrochimique, non contente d’épuiser les sous-sols, s’avère nocive. Cercle vicieux et lucratif paradoxe : elle produit à la fois pesticides et médicaments. Tel le lion, lui-même prédateur, l’homme devrait se satisfaire de ce dont il a strictement besoin et ne prélever rien de plus.  

Solidarité, alliance des dynamiques positives

Dans cette société aliénante, pressée par le temps monnayé et l’obsession du productivisme, nous allons de bahut en caisses et de caisses en boîtes... jusqu’à l’ultime d’entre elles. Pour sortir de la dépendance, Pierre Rabhi invite à l’alliance des forces positives et constructives, à la solidarité des populations.

Il note que le voyage est un moyen de contribuer à la découverte d’autres cultures et à leur respect. À condition bien entendu de respecter les coutumes et l’économie locales. Il illustre ce propos par sa propre démarche, lors de son intervention en agro-écologie au Sahel. Comme à son habitude, et sans prétention à la perfection, Pierre Rabhi s’appuie sur des exemples issus de sa propre expérience pour démontrer la faisabilité et l’impact positif des actions qu’il suggère.

Technologie et communication

L’auteur reconnaît les apports appréciables de la technologie (chirurgie, véhicules motorisés, etc.) et sa propre venue en voiture. Une pointe d’humour bienveillante adressée à l’assemblée soulève des rires et sourires qui expriment un similaire aveu. Rares sont ceux qui, de nos jours, pourraient prétendre se dispenser totalement des technologies modernes.

Toutefois, dans ce monde frénétique, créé à partir du temps-argent, l’homme se trouve dépassé par sa technologie. Nous concevons des outils destinés à nous faire supporter cette frénésie, et nous devenons dépendants d’eux.

À bien y regarder, les outils numériques servent à la communication (à son niveau « pratique ») mais détruisent la relation.

L’éducation à la base du changement de société

Ces technologies ne sont pas sans conséquence, notamment chez les enfants. Comment l’enfant peut-il se repérer dans le monde virtuel, créateur de confusion ?

Il est important de veiller à ce que les fonctions déléguées aux outils (la mémoire, par exemple) n’aboutissent pas à une atrophie de notre système cérébral.Amenons les enfants à travailler aussi de leurs mains, à rester en contact avec la nature, le vivant.

Le maintien du lien se joue aussi en famille : veiller à ce que les enfants mangent à table, ne restent pas seulement derrière un portable.

Il est essentiel de laisser à la planète des enfants épanouis et solidaires, pleinement conscients de la beauté du monde et des liens qui les unissent.

La conférence-rencontre s’est conclue par une séance de dédicaces. Une file d’attente patiente et bienveillante a été l’occasion de riches échanges entre participants. L’expérience de vie de Pierre Rabhi donne du crédit à son propos sage et concret. Mais il fait aussi partie de ces personnes qui inspirent un profond respect sans le requérir, et en favorisent naturellement l’expression chez chacun à l’égard de tous.

C’est cette qualité, aussi frappante que discrète, qui donne tant de portée aux messages qu’il véhicule. Au-delà du discours, le public vient à la rencontre d’une source d’inspiration. Un petit homme qui, tout à la fois par son discours et sa présence, redonne confiance en la capacité de chacun à faire sa part.

Les Colibris de Lyon adressent un grand merci à la librairie Raconte-moi la terre pour l’organisation de cet événement en terre lyonnaise !

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